Vendredi 1 juin 2012 5 01 /06 /Juin /2012 23:16

 

 

TN-fyaline05 le canari et le perroquet

 

 

De ma muselière, ces quelques mots s'échappent en bouquet,
ce ne sont que balbutiements d'une voix bloquée.
et je tremble d'être en plus figée..

 

oiseau 18155

Le canari et le perroquet

Un perroquet fier de l'usage de la parole
Se gonfle, hautain se croyant une idole
 S'octroie le droit de maître des oiseaux
 Lance des mots  poisons, de son bec haut.

C'est ainsi qu'il s'en prend à un canari
Sur sa branche chantant une belle mélodie
Quand d'un geste railleur voire hautain
Lance une phrase, la courtoisie bien en vain.

L'oiseau doré  se concentre au sens profond 
Sur les mots de la bête ni musique ni ton
Lui compose en mots simples une chanson.
  Le rythme  trouble son ouïe; il se frotte le menton :

  Il utilse des mots,   mettant des points sur les i
Sous le regard du méprisant, se réjouit le canari
 De sa main, le  maître savant à sa place haute 
Etale sans améliorer à l'évidence une jolie faute.

Le perroquet fort irrité semble bien oublier
Qu'à sa raillerie  n' a eu que réplique donnée
Grand sera le canari par sifflement et candeur.
 Que le meilleur des poètes essuie bien  des erreurs.

                                                     
Fialyne Olivès le 18/04/2007

Extrait de lon livre "sous les jasmins"

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link 

Le paradoxe de Djalal Eddine Rûmi

 

« Tu es vivant, fils du Vivant, toi le bienheureux !
Tu n’étouffes donc pas dans cette tombe étroite ?
Tu es le Joseph de ton temps et le soleil du firmament
Sors de ce puits, sors de cette prison, montre ton visage !
C’est dans le cœur de la baleine que ton Jonas a mûri
Qu’est-ce qui l’a libéré ? De prier son Seigneur !

 

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Extrait de "The Hadiqa" 

 

 

poète Soufi du  

milieu du 11è siècle.


 

On recherche mentalement le chemin vers Lui 

Cela ne marche pas, 

Mais le moment où épuisé, on lâche, 

Il n'y a plus d'obstacle

Il se présente Lui-même à nous...

Lorsque vous lâchez prise, Dieu est présent

Comment autrement aurions-nous pu Le connaître?

Le mental nous a conduit aussi loin que la porte

Mais c'est Sa présence qui nous a permis d'entrer.

Comment pourrez-vous jamais Le connaitre 

Vous qui ne vous connaissez pas vous-même?

Une fois que l'Un est Un

Pas plus, pas moins:

L'erreur commence avec la dualité,

L'unité ne connaît pas l'erreur.

La route qu'il vous faut emprunter

Consiste à polir le miroir de votre coeur.

Ce n'est pas par la rébellion et les désaccords

Que le miroir du coeur est nettoyé des taches 

De l'hypocrisie et de l'incroyance..

Votre miroir est poli par votre certitude,

Par la pureté intacte de votre foi

Libérez-vous

Des chaînes que vous vous êtes forgées vous-mêmes!

Vous serez libres, lorsque vous serez libérés de la terre

Le corps est sombre - le coeur brille

Le corps n'est que du compost - le coeur un jardin en fleurs

 

 

 

 

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Odes Mystiques de Rûmî, 325

 

Entre, que je jette à tes pieds la tunique de mon corps, en cet instant.

Entre, que je t'abandonne la maison de l'existence, en cet instant !

Appelle l'amour pur, et renonce à ces jeux dans la poussière.

J'ai une seule vie, et veux la perdre pour toi, en cet instant.

Bande ton arc comme un dieu : tu es la flèche de "à la portée de deux arcs".

Le temps est venu de faire de ma vie une cible pour toi, en cet instant.

Quand jaillissent les flammes de ce feu, de l'univers s'élève un gémissement:

Fais-moi grâce, fais-moi grâce, car je brûle en cet instant.

Le monde est déchiré par la peur, et l'âme s'envole grâce à l'amour:

Je rends les oiseaux jaloux de mon vol, en cet instant.

 

 

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Saint-Exupéry

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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 12:35

Ris

 

Ris

 

 

S’éclatent les larmes en rire

Comme pour ne plus souffrir

Etalent   presque ridicules

Un mal  puis avant le pire

 Scindent ses vifs pédicules.

 

Ris ma gueule de ta douleur, ris

Ris  de ta misère

De tes impossibles cris

 Ecris tel Molière,

Ton regard sur chaque  faute.

 

Laisse tes doigts dire les maux

Même sous l’écrasement

Cet instinct  du plus fort

 A être malgré les torts

 Dieu  plus fort que le temps

 

 

Ris là où on ne peut plus rire.

 

 Fialyne Olivès

 

 

 

 

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Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 11:07

Un numéro de la revue déposée à la bibliothèque nationale de France :

Nous avons le plaisir de vous annoncer cette parution :

Le n° 1 de la revue

Le Pan poétique des muses vient de paraître en ligne

  

n°1|Printemps 2012

Poésie, Danse & Genre

Coordonné par Nelly Taza

Invité.e.s du n°1 : Jean-Michel Maulpoix (invité d'honneur), Patricia Izquierdo, Leïla Da Rocha, Patrick Dupond, Yves Citton, Filomena Salley & Jo Laporte

On vous livre aujourd'hui le fruit de plusieurs mois d'efforts collectifs et de moments heureux vécus en poésie avec vous. Toute l’équipe de la revue vous souhaite une bonne lecture. N’hésitez pas à nous faire part de vos suggestions, avis et/ou de nous faire parvenir vos poèmes, articles et autres propositions.

Lisez le numéro

Merci pour votre fidélité !

Au plaisir,

Nelly Taza  &

 
 
L'équipe de la revue LPpdm,

 

 

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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 09:53

Je voudrais vous réveiller sur un air  tunisien de notre cher maghreb enthousiaste et sympathique.

 

 

 

 

Bonjour serein


Je vous apporte la joie,

Du soleil par-ci,

Des couleurs par-là,

Le sourire de la vie

Sur des plaines épanouies,

Des chênes qui, aux creux

Abritent des oiseaux

Et le chant des matins tôt

Qui console le temps

D’une nuit abîmée.

Je pose le printemps

Sur votre oreiller

Ses feuilles si vertes

Et ses crépitements

Ses belles rivières

Aux mille reflets d’argent

Dauphins et sirènes

Sur les vagues dansant.

Pour la bonne humeur

Et le goût du bonheur

Je souffle vos ruines

Vos peines chagrines

Et caresse votre âme

De douceur câline,

Bise l’aube arrivant.



Que change l’instant lourd

Que naissent vos matins

D’un grand cœur d’amour.

 

Fialyne Olivès

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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 16:58

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Imaginez une palmeraie et sous les grands palmiers des meidas où l'on pose du thé vert et des dattes. Des gateaux aux dattes sonts servis par des femmes en robes colorées, longues et amples, les cheveux couverts et les mains rouges de henné. Les hommes eux ont des flûtes et d'autres avec leurs épouses font des pas sous cette musique purement saharienne :

 

un-oasis-source aje La flûte:  link

 

 

 

 

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Le bendir :link

 

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 La grande épopée d'amour  de Hizya

Poète de Hizya
Mohamed ibn (ou: ben) Seghir ibn (ou: ben) Guitoun de la tribu des Ouled Sidi Bouzid né, probablement, en 1843 à Sidi Khaled, une oasis connue pour ses poètes, à une centaine de kilomètres environ au sud-ouest de Biskra.
Sidi Khaled fait partie du Zab el Gherbi (les Ziban ou Zab occidental) connu pour sa résistance à la penétration coloniale française. L’insurrection de l’oasis des Zâatcha en 1849 en est le meilleur exemple; celle de Ben Ayache (de la tribu du poète Benguitoun) en 1871 en est une autre et fut chantée d’ailleurs par ce même poète dans un merveilleux poème populaire. Les oasis de Sidi Khaled et Ouled Djellal furent conquises par les Français en 1847 après de violents combats et une âpre résistance.
Benguitoun étudia à la zaouia rahmania de Sidi Khaled dirigée à cette époque par le cheikh Sidi Ali el-Djirouniqui, vite, remarqua les qualités exceptionnelles de son jeune disciple et exigea de ses proches que Benguitoun dirigeât la zaouia après sa mort.
Le jeune poète écrivit plusieurs poèmes louant son vieux maître et s'acquita au mieux de la direction de la zaouia.
Benguitoun était aussi paysan (certains disent de lui qu'il était 'khetatri' : travail rémunéré qui consiste à puiser l'eau d'un puits pour irriguer les jardins et les palmeraies) et poète à ses moments perdus. Il vivait du fruit de son labeur ou du peu d’argent que lui procuraient ses poèmes dits en de grandes occasions.
Il est à penser qu’il fut sollicité par Saïyed, le cousin amoureux de Hizia, pour lui écrire un poème qui chante son deuil et son amour pour sa belle cousine.
Il n’existe pas de date exacte de la mort de notre poète mais, selon les dires des anciens et de ses proches, il serait décédé en 1907*, à l’âge de soixante-quatre ans environ. D'autres illustres poètes sont également natifs de Sidi Khaled, tels : cheikh Benyoussef (1822-1902), cheikh Benazouz el khaldi (1897-1944).
Hizia est l’un des rares poèmes d’amour qu’il ait écrit et – ironie du sort ou pure beauté du texte – le seul qui l’ait fait entrer dans la postérité !
D'après Ahmed el Amin (dans "Hizia : l'épopée algérienne") il serait mort vers la fin du 19e siècle.

 

 

 

Description de Hizya

 

Hizia, le nom d’une jeune femme issue de la famille dominante des Bouakkaz de la puissante tribu des Dhouaouda (descendants, selon certains dires, des tribus des Beni Hilal qui avaient envahi le Maghreb vers le XIe siècle ap. J. C. venant d’Arabie) qui régnait en ce 19eme siècle sur toute la région du Zab et dont les terres de parcours et de transhumance s’étendaient des riches plaines de Sétif au Nord jusqu’à l’oasis de Ouled Djellal au Sud, et bien plus loin encore si l’on jugeait par l’influence de son Cheikh el Arab (titre donné à son chef qui signifie littéralement : Chef des Arabes) à l’époque.
Hizia, fille d’Ahmed ben el Bey, était amoureuse de son cousin Saïyed, orphelin recueilli dès sa tendre enfance par son oncle, puissant notable de la tribu et père de Hizia.
Benguitoun, dans son poème, fixe la date de la mort de Hizia à 1295 de l’Hégire, soit 1878 de l’ère chrétienne. Elle avait alors 23 ans, nous dit-il. Hizia serait donc née en 1855.
La cause de son décès fut et reste encore une énigme. Le poème ne nous révèle rien sinon qu’elle fut subite : un mal soudain entre deux haltes, à Oued Tell (une localité à 50km au sud de Sidi Khaled) au retour de la tribu de son séjour saisonnier dans le Nord.
La vérité, bien sûr, on ne la saura jamais !
Saiyed eut recours, trois jours après la mort de Hizia, aux services du poète Benguitoun pour écrire un poème à la mémoire de sa bien-aimée. Plus tard, d'après certains dires, le malheureux cousin s’exilera loin de sa tribu et vivra en solitaire dans l’immensité du désert des Ziban jusqu'à sa mort.
Quoiqu’il en soit, le poème est là pour témoigner de cet amour fou qu’avait porté un jeune homme pour une jeune femme qui valait, à ses yeux, tout ce qu’il y avait de précieux en ce monde et que le poète a chanté avec les paroles du bédouin, langue pure du vécu, langue vivante de tous les jours.
A travers les yeux de Saïyed, le poète Benguitoun a chanté la beauté de cette femme et décrit les merveilles de son corps, osant lever le voile sur des jardins secrets et nous offrir, à travers les âges, un hymne à l’Amour, un hymne à la Beauté, un hymne à la Femme.
Voilà ce qui, en dernier lieu, pourrait rester de Hizia jusqu’à l’éternité, tant qu’il y aura des poètes pour chanter ce nomadisme existentiel propre au commun des mortels...

L'endroit ou a eu cette belle histoire d'amour 
 
   
 

 

 

 

 


« Amis, consolez-moi; je viens de perdre la
reine des belles. Elle repose sous terre.
Un feu ardent brûle en moi !
Ma souffrance est extrême. Mon coeur s'en
est allé, avec la svelte Hiziya.
hélas ! Plus jamais je ne jouirai de sa
compagnie. Finis les doux moments,
où, comme au printemps, les fleurs des
prairies, nous étions heureux.
Que la vie avait pour nous de douceurs !
telle une ombre, la jeune gazelle a
disparu, en dépit de moi !
Lorsqu'elle marchait, droit devant elle, ma
bien-aimée était admirée par tous.
Telle le bey du camp qui s'avance un
cimeterre à la ceinture.
Entouré de soldats et suivi de cavaliers qui
sont venus à sa rencontre, pour lui
remettre chacun un présent;
Armé d'un sabre d'Inde, il lui suffit de
faire un geste de la main, pour
partager une barre de fer, ou fendre
un roc.
Il a tué un grand nombre d'hommes,
ennemis du bien. Orgueilleux et
superbe, il s'avance fièrement.
C'est assez glorifier le bey ! Dis-nous,
chanteur, dans une nouvelle chanson
les louanges de la fille d'Ahmad ben
al-Bey.
Amis, consolez-moi; je viens de perdre la
reine des belles. Elle repose sous terre.
Un feu ardent brûle en moi !
Ma souffrance est extrême. Mon coeur s'en
est allé, avec la svelte Hiziya.
Lorsqu'elle laisse flotter sa chevelure, un
suave parfum s'en dégage. Ses
sourcils forment deux arcs bien
dessinés, telle la lettre noun, tracée
dans un message.
Ton oeil ravit les coeurs, telle une balle de
fusil européen, qui aux mains des
guerriers, atteint sûrement le but.
Ta joue est la rose épanouie du matin, et
le brillant oeillet; le sang qui l'arrose
lui donne l'éclat du soleil.
tes dents ont la blancheur de l'ivoire, et,
dans ta bouche étincelante, la salive
a la douceur du lait des brebis ou du
miel qu'apprécient tant les gourmets.
Admire ce cou plus blanc que le coeur du
palmier. C'est un étui de cristal,
entouré de colliers d'or.
Ta poitrine est de marbre; il s'y trouve
deux jumeaux, que mes mains ont
caressés, semblables aux belles
pommes qu'on offre aux malades.
Ton corps a la blancheur et le poli du
papier, du coton ou de la fine toile de
lin, ou encore de la neige, tombant
par une nuit obscure.
Hiziya a la taille fine; sa ceinture, penche
de côté, et ses tortis entremêlés
retombent sur son flanc repli par
repli.
Contemple ses chevilles; chacune est
jalouse de la beauté de l'autre;
lorsqu'elles se querellent elles font
entendre le cliquetis de leurs
khelkhals, surmontant les
brodequins
(vaste plaine au S. E. de Sétif où les nomades de Biskra venaient
Quand nous campions à Bazer, je me faire paître leurs troupeaux en été)
rendais auprès d'elle le matin; alors
nous goûtions les joies de ce monde.
je saluais la gazelle; j'observais les
présages; heureux comme un homme
fortuné, possédant les trésors de
l'univers.
La richesse n'avait pour moi aucune
valeur, comparée au tintement des
khelkhals de Hiziya, quand je
franchissais les collines pour aller la
rencontrer.
Lorsqu'au milieu des prairies, elle
balançait son corps avec grâce, et
faisait résonner son khelkhal, ma
raison s'égarait; un trouble profond
envahissait mon coeur et mes sens.
Après avoir passé l'été dans le Tell, nous
redescendîmes vers le Sahara, ma
belle et moi.
Les litières étaient fermées; la poudre
retentissait; mon cheval gris
m'entraînait vers Hiziya.
Ils ont conduit les palanquins des belles, et
ont campé à Azal, face à Sidi
Lahcen et à Zerga.
Ils se sont dirigés vers Sidi Said vers al-
Matkaouak, puis sont arrivés le soir
à M'Doukal.
Ils sont repartis de bon matin, au lever de
la brise, vers Sidi Mohammed,
ornement de cette paisible contrée.
De là, ils ont conduit les litières à
al-Makhraf. Mon cheval, tel un aigle,
m'emporte dans les airs,
en direction de Ben Seghir, avec la belle
aux bras tatoués.
Après avoir traversé l'Oued, ils sont passés
par Al Hanya. Ils ont dressé leurs
tentes à Rous at-Toual, près du désert.
L'étape suivante mène à Ben Djellal.
De là, ils se sont dirigés vers El Besbes, puis
vers El-Herimek, avec ma bien-aimée
Hiziya.
A combien de réjouissances avons-nous
pris part ! Mon cheval gris,
disparaissait presque dans l'arène,
(derrière un rideau de poussière); on
aurait dit un fantôme.
Ma belle était grande comme la hampe
d'un étendard; ses dents, lorsqu'elle
souriait, formaient une rangée de
perles; elle parlait par allusions, me
faisant ainsi comprendre (ce qu'elle
voulait dire).
La fille de Hmida brillait, telle l'étoile du
matin; elle éclipsait ses compagnes,
semblable à un palmier qui seul,
dans le jardin, se tient debout, grand
et droit.
Le vent l'a déraciné, il l'a arraché en un
clin d'oeil. Je ne m'attendais pas à
voir tomber ce bel arbre; je pensais
qu'il était bien protégé.
mais j'ignorais que Dieu, souverainement
bon, allait la rappeler à Lui. Le
Seigneur a abattu (ce bel arbre).
je reprends mon récit. Nous avons campé
ensemble sur l'Oued Ithel; c'est là que
la reine des jouvencelles me dit
adieu. C'est cette nuit-là qu'elle passa
de vie à trépas; c'est là que la belle
aux yeux noirs quitta ce monde.
Elle se tenait serrée contre ma poitrine,
lorsqu'elle rendit l'âme. Les larmes
remplirent mes yeux, et s'écoulaient
sur mes joues.
Je pensais devenir fou, et me mis à errer
dans la campagne, parcourant tous
les ravins des montagnes et des
collines.
Elle a ravi mon esprit et enflammé mon
coeur la belle aux yeux noirs, issue
d'une race illustre.
On l'enveloppa d'un linceul, la fille de
notable; ce spectacle a augmenté ma
fièvre, et ébranlé mon cerveau.
On la mit dans un cercueil, la belle aux
magnifiques pendants d'oreilles. Je
demeurais stupide, ne comprenant
pas ce qui m'arrivait.
On l'emporta dans un palanquin, embelli
par des ornements, la belle, cause de
mes chagrins, qui était grande telle la
hampe d'un étendard.
Sa litière était ornée de broderies
bigarrées, scintillantes comme les
étoiles, et colorées comme un arc-en-
ciel, au milieu des nuages, quand
vient le soir.
Elle était tendue de soie et tapissée de
brocart. Et moi, comme un enfant, je
pleurais la mort de la belle Hiziya.
Que de tourments j'ai endurés pour
celle dont le profil était si pur ! Je ne
pourrai plus vivre sans elle. Elle est
morte du trépas des martyrs, la belle
aux paupières teintées d'antimoine !
On l'emporta vers un pays nommé
Sidi Khaled.
Elle se trouva la nuit sous les dalles du
sépulcre, celle dont les bras étaient
ornés de tatouages; mes yeux ne
devraient plus revoir la belle aux yeux
de gazelle.
Ô fossoyeur ! ménage l'antilope du désert;
ne laisse point tomber de pierres, sur
la belle Hiziya ! Je t'en adjure, par le
livre saint, ne fais point tomber de
terre sur celle qui brille comme un
miroir. S'il fallait la disputer à des
rivaux, je fondrais résolument sur
trois troupes de guerriers.
Je l'enlèverais par la force des armes aux
ennemis. Dussé-je le jurer par la tête
de la belle aux yeux noirs, je ne
compterais pas mes adversaires,
fussent-ils au nombre de cent.
Si elle devait rester au plus fort, je jure
que nul ne pourrait me la ravir;
j'attaquerais, au nom de Hiziya, une
armée entière.
Si elle devait être le trophée d'un combat,
vous entendriez le récit de mes
exploits; je l'enlèverais de haute lutte,
devant témoins.
S'il fallait la mériter au cours de rencontres
tumultueuses, je combattrais durant
des années, pour elle.
Je la conquerrais au prix de persévérants
efforts, car je suis un cavalier
intrépide.
Mais puisque telle est la volonté de Dieu,
maître des mondes, je ne puis
détourner de moi cette calamité.
Patience ! Patience ! J'attends le moment
de te rejoindre : je pense à toi, ma
bien-aimée, à toi seule !
Amis, mon cheval me fendait le coeur,
lorsqu'il s'élançait en avant (attristé
par la perte de Hiziya).
Après la mort de ma bien-aimée, il s'en est
allé, et m'a quitté.
Mon cheval était plus rapide que tous les
autres chevaux du pays; dans les
échauffourées, on le voyait en tête du
peloton.
Quels prodiges n'accomplissait-il pas sur le
champ de bataille !
Il se montrait au premier rang. Sa mère
 
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descendait du fameux Rakby. ( Nom d'un étalon célèbre amené du Maroc par si Ahmed Tidjani)
Combien il excellait dans les joutes entre
les douars, à la suite de la tribu en
marche; je tournoyais avec lui
insouciant de ma destinée ! Un mois
plus tard, il m'avait quitté; trente
jours après Hiziya.
Cette noble bête mourut; le voilà au fonds
d'un précipice; il ne survécut pas à
ma bien-aimée. Tous deux sont partis
pour toujours.
Les rênes de mon cheval gris sont tombés
de mes mains.
Ô Douleur ! Dieu, en les rappelant à lui,
m'a enlevé toute raison de vivre.
Mon âme est près de s'éteindre, après leur
cruelle perte.
Je pleure cette séparation, comme pleure
un amoureux.
Mon coeur se consume chaque jour
davantage; ma vie n'a plus de sens.
Pourquoi pleurez-vous mes yeux ? Nul
doute que les plaisirs du monde vous
raviront. Ne me ferez-vous point
grâce ?
la belle aux cils noirs a ravivé mes
tourments; celle qui faisait la joie de
mon coeur repose sous la terre.
Je pleure la belle aux dents de perles; mes
cheveux ont blanchi; et mes yeux ne
peuvent supporter cette séparation.
Le soleil qui nous a éclairé, est monté au
Zénith, se dirigeant vers l'Occident; il
s'est éclipsé après avoir été le sommet
de la voûte céleste, au milieu du jour.
La lune qui se montre à nous, a brillé
pendant le mois du Ramadhan, puis
a disparu du ciel, après avoir fait ses
adieux au monde.
Ce poème, je le dédie à la mémoire de la
reine du siècle, fille d'Ahmed, et
descendante de l'illustre tribu des
Douaouda.
Telle est la volonté de Dieu, mon Maître
Tout-Puissant. Le Seigneur a manifesté
sa volonté, et a rappelé à lui Hiziya.
Mon Dieu ! Donne-moi la patience;
mon coeur meurt de son mal,
emporté par l'amour de la belle, qui
a quitté ce monde.
Elle vaut deux cents chevaux de race, et
cent cavales issues de Rakby.
Elle vaut mille chameaux; elle vaut une
forêt de palmiers des Ziban.
Elle vaut tout le pays du Djérid; elle vaut
le pays des noirs, et des milliers de
Haoussas.
Elle vaut les Arabes du Tell et du désert,
ainsi que tous les campements des
tribus, aussi loin que puissent
atteindre les caravanes, voyageant à
travers les cols des montagnes.
Elle vaut ceux qui mènent la vie
bédouine, et ceux qui habitent les
continents.
Elle vaut ceux qui se sont installés dans
des demeures permanentes et mènent
une vie de citadins.
Elle vaut les trésors, la belle aux beaux
yeux; et si cela ne suffit pas, ajoutes-y
les habitants des villes.
Elle vaut les troupeaux des tribus, les
bijoux, les palmiers des oasis, le pays
des Chaouias.
Elle vaut ce que renferment les océans;
elle vaut les Bédouins et citadins
vivant au delà du Djebel Amour, et
jusqu'à Ghardaïa.
Elle vaut, elle vaut le Mzab, et les plaines
du Zab, hormis les saints et les
marabouts.
Elle vaut les chevaux recouverts de riches
carapaçons, et l'étoile du soir; cela est
peu, trop peu, pour ma bien-aimée,
unique remède à mes maux.
Je demande pardon au Seigneur; qu'il ait
pitié de ce malheureux !
Que Mon Seigneur et Maître pardonne à
celui qui gémit à ses pieds ! Elle avait
23 ans, la belle à l'écharpe de soie.
Mon amour l'a suivie; il ne renaîtra
jamais dans mon coeur.
Consolez-moi de la perte de la reine des
gazelles. Elle habite la demeure des
ténèbres, l'éternel séjour.
Jeunes amis ! Consolez-moi de la perte du
faucon.
Elle n'a laissé que le lieu où sa famille a
campé, et qui porte son nom.
Bonnes gens ! Consolez-moi de la perte de
la belle aux khelkhals d'argent pur; on
l'a recouverte d'un voile de pierre
reposant sur des fondations bien
bâties.
Amis ! Consolez-moi de la perte de la
cavale de Dyab qui n'eut d'autre ( l'un des principaux héros de la geste des banou Hilal )
maître que moi.
J'avais de mes mains, tatoué de dessins
quadrillés, la poitrine de la belle à la
fine tunique, ainsi que ses poignets.
Bleus comme le col du ramier, leurs traits
ne se heurtaient pas; ils étaient
parfaitement tracés, quoique sans
plume; seules mes mains avaient
exécuté ce travail.
J'avais dessiné ce tatouage entre ses seins,
lui donnant d'heureuses proportions.
Au-dessus des bracelets qui paraient ses
poignets, j'avais écrit mon nom.
Même sur ses chevilles, j'avais figuré un
palmier !
Que ma main l'avait bien dessiné ! Ah ! La
vie est ainsi faite !
Saiyed, toujours épris de toi, ne te reverra
plus; le seul souvenir de ton nom, lui
fait perdre ses sens. Pardonne-moi,
Dieu compatissant; pardonne aussi à
tous les assistants; Saiyed est triste; il
pleure celle qui lui était si chère. Aie
pitié de l'amoureux, et pardonne à
Hiziya; réunis-les dans le sommeil,
Seigneur !
Ô Dieu, le Très-Haut. Pardonne à
l'auteur, qui a composé ce poème; son
nom est formé de deux mim, d'un ha
et d'un dal (Mohamed).
Ô Toi qui connais l'avenir ! Donne la
résignation à cet homme, qui est fou
(de douleur); je pleure comme un
exilé; mes larmes apitoieraient même
mes ennemis.
Je ne mange plus; toute nourriture m'est
devenue insipide; mes paupières ne
connaissent plus le sommeil.
Cette pièce a été composée trois jours
seulement après la mort de celle qui
me fit ses adieux, et ne revint plus
vers moi.
Ô vous qui m'écoutez ! Ce poème a été
achevé en 1295 de l'Hégire4.( fin de l'année 1878 ap. J. C.)
Ould Seghir a composé, au mois de l'Aid
El-Kebir, cette chanson.
A Sidi Khaled ben Sinan, Ben Guittoun a
chanté celle que vous aviez vue
vivante.
Mon coeur est parti avec la svelte Hiziya !»
Poème Hizia de Benguitoun traduit par : C. SONNECK
"Chants arabes du Maghreb"
(Maisonneuve, Paris 1902)
 
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La  version moderne chantée par Réda Domaz

 

 

Par Fialyne Olivès - Publié dans : Le patrimoine Algerien et maghrébin - Communauté : Partager
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